Manque de salles de cours, de médicaments, de chambres et d’infrastructures sportives, l’Université Assane Seck de Ziguinchor ne réunit pas toutes les conditions sociales et pédagogiques pour l’épanouissement de ses étudiants.
Un dimanche matin, une étudiante, en deuxième année en sciences économiques et sociales repasse ses habits dans sa chambre. Elle n’est pas allée en fête du fait des contrôles qu’elle doit effectuer après les Vacances de pâques. Profitant de ses dix jours de repos pour réviser ses leçons qu’elle n’avait pas apprises, elle justifie : « ici les cours magistraux se déroulent du lundi au samedi, nous avons cours de 8 heures à 19 heures avec une petite heure de pause de 12 heures à 13 heures. L’étudiant qui devra donner de bons résultats ne pourra pas le faire. À la descente, on doit aller au restaurant pour le diner, se reposer et faire le ménage de nos chambres. Du coup on ne pourra pas réviser et préparer les travaux dirigés ».
Les étudiants qui ne préparent pas leurs travaux dirigés sont renvoyés par leurs enseignants. Un étudiant qui totalise trois absences sans justification ne sera pas accepté le jour des examens.
Il y a quatre pavillons équipés au campus social de l’UASZ qui doivent héberger les étudiants. La plupart d’entre eux viennent des autres régions du pays. Le cinquième n’est pas bien aménagé. Ainsi certains sont logés en attendant que les équipements ne soient sur place. Dans les chambres visitées, quatre matelas individuels sont posés par terre dont deux superposés. Les autres ont constitué des groupes pour loyer des chambres aux alentours de l’université ou de chercher des tuteurs à l’intérieur de la ville. Ils font chaque matin la navette entre l’université et leurs maisons. Les taxi-Jakarta et les clandos sont les principaux mayens de transport utilisés par ces derniers. Les dépenses de transport varient entre 200 et 500 FCFA par jour.
« La restauration n’est pas de bonne qualité. Il y a beaucoup d’étudiant qui soufrent de colopathie. Des fois, on rencontre des gains de sable quand on mâche les aliments en mangeant. Vous commencez à manger au restaurant universitaire dès la première année et la troisième année, vous remarquez que vous avez des problèmes de digestion et des maux de ventre » raconte-t-elle.
Comme dans toutes les universités du pays, l’UASZ dispose d’un service médical des étudiants qui offre des soins subventionnés aux malades. Les services médicaux sont souvent confrontés à un manque de personnel et d’équipements sanitaires. Du coup, ils travaillent avec les hôpitaux pour la prise en charge de certaines maladies.
Une étudiante en deuxième année en management informatique des organisations qui était malade l’année dernière devait voir le médecin. Elle attend toujours l’appel téléphonique venant de l’hôpital. Elle raconte : « lorsque j’étais malade, on m’avait dit d’aller voir le médecin. Pendant ce temps, il était en voyage. Quelqu’un m’a dit qu’il me contactera dès son retour. Je l’ai attendu et jusqu’à présent je n’ai pas été contactée ».
Elle dénonce aussi « la pénurie de médicaments à l’infirmerie de l’université ».
Pour le paiement de leurs allocations d’études, les étudiants utilisent des applications qui ne fonctionnent pas correctement. Non seulement la connexion coûte cher, mais elle est défaillante. À la place des cartes à guichet automatique de banque, l’Ecobank demande aux boursiers de télécharger des applications ou de se rendre au niveau des agences de Wari ou de Wizall.
« J’ai eu beaucoup de problèmes avant de recevoir mon rappel. Certaines de mes amies reçoivent chaque mois des messages avec des codes pour retirer leurs bourses. Moi, je n’ai jamais reçu de message m’indiquant le code de retrait. Un jour, je suis allée pour réclamer, on m’a dit de télécharger l’application et d’utiliser le code qu’ils m’ont remis. Après trois essais, l’application a été bloquée. Je me suis rendue de nouveau à l’agence pour débloquer l’application. Ils m’ont donné un autre code qui fait la même chose que le premier. C’est toujours comme ça », s’énerve-t-elle.
« Ces deux derniers mois, je n’ai pas reçu ma bourse. J’attends le mois prochain pour revivre la même situation parce qu’ils ne m’ont rien donné de formel. On est obligé de demander un soutien financier aux parents qui n’est pas du tout facile.
On n’est pas ici pour quémander, on est là pour les études », ajoute-t-elle.
Les examens de rattrapage en octobre, après deux mois de vacances et avant l’ouverture du campus social constituent un autre problème pour les étudiants. Par exemple un étudiant qui quitte Dakar pour Ziguinchor doit faire au moins quinze heures par bateau et plus par voie terrestre d’autant plus que la traversée du fleuve Gambie semble être un parcours du combattant.