Les ressortissants mauritaniens vivant au Sénégal ont organisé une marche à Dakar pour réclamer la « liberté » pour les détenus et contester les résultats du scrutin du 22 juin. Le candidat du pouvoir a remporté la présidentielle avec 52.01% des voix.
Les militants de l’opposition mauritanienne ne décolèrent pas. Suite aux arrestations des étrangers accusés d’avoir participé aux rassemblements dans la capitale en soutien aux candidats de l’opposition et à la coupure de l’Internet dans tout le pays, les ressortissants mauritaniens dans les pays étrangers portent désormais le combat. Si ceux qui sont en France ont occupé leur ambassade, ceux qui sont au Sénégal ont organisé une marche avant de tenir un sit-in devant leur ambassade même s’ils n’avaient pas obtenu une autorisation.
Il est huit heures passées de treize minutes (GMT) devant le portail de l’ambassade. Sur place, les policiers ont installé un dispositif sécuritaire impressionnant. Ils empêchent les passagers de constituer des attroupements aux alentours du bâtiment. Quelques minutes plus tard, un pick-up blanc stationne devant la porte. Sitôt la porte du véhicule ouverte, des bérets rouges descendent. Quelques éléments entrent tandis que les autres restent à l’extérieur. A une dizaine de mètres de la voiture, les jeunes en colères discutent de la situation du pays. Un policier les demande de quitter les lieux et d’aller déposer une demande l’autorisation pour la manifestation.
A neuf heures 15 minutes, un groupe se dirige vers l’ambassade. Ils tiennent des drapeaux et affiches sur lesquels on peut lire : « non à la détention du peuple sans fondement, non à la discrimination, non à l’oppression, non à l’injustice« . Ils crient en réclamant » justice » tout au long du parcours. Devant l’ambassade et les policiers, ils se regroupent devant la presse pour délivrer leur message.
Une femme, la plus âgée, porte un sac à main. Foulard jaune enroulé autour de son coup, elle vient accompagner ses compatriotes qui manifestent contre le « coup d’État électoral ». « Les résultats sont faux, il a proclamé sa victoire avant la publication officielle des résultats : ce qui est illégal. Là où il a gagné. Ce sont des régions qui sont vides. Les régions les plus peuplées sont celles qui sont au sud, dans la vallée. Birama a gagné à Nouakchott, à Nouadhibou, à Rosso, explique la combattante. Les noirs sont les plus nombreux. Tous les noirs ont voté pour Birame et Kane Hamidou Baba. Quelques meurs ont voté pour Boubacar. Donc lui, il na rien eu »
Utilisé par la majorité des étrangers pour joindre leurs familles, l’internet est coupé depuis dimanche par les autorités dans tout le pays. « Pour contacter les membres de notre famille, on achète beaucoup de crédit téléphonique. Ça nous coûte cher, justifie en colère la Mauritanienne ».
Suite aux affrontements entre les militants de l’opposition et les forces de l’ordre en Mauritanie, quelques heures après la publication des résultats, une centaine d’étrangers ont été arrêtés. Le ministre mauritanien des affaires étrangères a convoqué les ambassadeurs du Sénégal, de la Gambie et du Mali pour une concertation. « On a adressé des correspondances aux autorités sénégalaises parce qu’il ny pas que des mauritaniens qui sont arrêtés, détaille l’aînée du groupe. Les étrangers sont accusés et emprisonnés en Mauritanie. Ils ne visent que les noirs. Pourquoi ils n’arrêtent pas les autres citoyens ?
A l’étranger, les élections ne sont organisées que dans les pays où il y a une forte présence des meures comme les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite, pour l’Asie, la Gambie, la Côte d’Ivoire et la Guinée Bissau pour l’Afrique et dans un seul pays européen, la France. « Ils ont refusé d’ouvrir un bureau de vote au Sénégal. C’est parce qu’ils savent qu’ils allaient perdre ici. Ils ont refusé d’ouvrir des bureaux de vote dans tous les pays où les noirs sont fortement représentés, rappelle-t-elle.
Derrière la foule, un homme d’une trentaine d’années croise les bras. Il vient juste de rejoindre le groupe des jeunes. Il ne manche pas ses mots : « ils ont volé les élections ». Originaire de Fondou, un village situé à 380 kilomètres de la capitale de la République islamique de Mauritanie dans la région du Brackna et dans la commune de Bagodine, Amadou Daouda Ba n’a jamais voté parce que son pays ne lui reconnaît pas comme mauritanienne de nationalité. « Quelqu’un qui n’est pas arrivé en troisième position comment peut-il avoir 52.01% des voix ? Se pose-t-il la question. Elle (ndlr CENI) doit publier les résultats bureau de vote par bureau de vote. S’il a gagné dès le premier tour, on accepte. Sinon, on organise de nouvelles élections ».
L’internet est toujours coupé en Mauritanie. Les citoyens n’ont plus accès aux réseaux sociaux depuis dimanche.
Oumar Ba