Ziguinchor : Abdoulaye Sidibé propose des solutions durables au conflit casamançais


Enseignant de profession, Abdoulaye Sidibé a occupé diverses fonctions. Il a été enseignant avant de devenir directeur d’école, chef de division des examens et concours, coordonnateur d’un projet d’éducation dans les lycées et collèges dans sa région natale et chef du Sacs à l’université de Ziguinchor.

Ancien directeur de cabinet du maire de la commune de Ziguinchor, il est aujourd’hui son conseiller spécial. Invité par la Convergences des Étudiants et Diplômés du Sénégal lors de la soirée de gala de la caravane des grandes écoles organisée à Ziguinchor du 29 mars au 5 avril, il propose un dialogue entre les différentes parties pour mettre fin au conflit casamançais.

Quelle est la situation qui prévaut dans la région de Ziguinchor, après les événements de Boffa ?

Après les événements de Boffa, le calme est revenu et les gens sont entrain de vaquer à leurs occupations. C’est un incident de parcours. Dans un cadre où il y a un conflit datant de près de quarante années, où il y a beaucoup d’exactions, une insécurité latente qui ne dit pas son nom, on peut s’attendre à ce qu’il ait des dérapages de temps en temps. C’était un peu douloureux parce qu’il y a eu des morts.

L’armée dans son rôle régalien a procédé à un ratissage qui a aboutit à l’éradication de certaines bases. Aujourd’hui Ziguinchor vit dans un calme parfait, même à Boffa les gents sont entrain de vaquer à leurs besoins.

Et le dernier braquage ?

Il y a eu un braquage sur une route et on ne peut pas dire avec exactitude qui a fait le braquage. Quand il y a des situations comme ça, il y a beaucoup de bandits qui peuvent sévir, celui qui a été tué n’a pas reçu une balle, il a paniqué après les coups de feu et puis il est parti sur sa moto foncé sur un arbre. Il a fait un accident mortel parce qu’il était entrain de fuir.

Comment la population s’organise pour lutter contre ces incidents ?

Maintenant on est plus dans la psychose. Il y’avait des moments plus difficiles. La route Ziguinchor-Cap Skirring était fermée à parti de dix huit heures, maintenant on y peut passer même à deux heures du matin. On peut dire que le calme est vraiment revenu en Casamance. N’eut été le problème de Boffa Bayotte, on était arrivé à un moment où on ne parlait plus du conflit casamançais. L’incident est venu entacher la situation.

Dans ces cas d’espèce, il a y toujours des  brebis galeuses qui créent un autre incident qui redonne un regain de violence. Nous avons tourné cette page et nous sommes entrain de vivre tranquillement à Boffa Bayotte comme dans toute la région.

Est-ce que les autorités de la région sont entrain de prendre des dispositions pour éradique ce fléau ?

Ce n’est pas facile d’éradiquer un conflit comme ça. Quand on parle de rébellion ou de guérilla. Ce n’est pas une affaire conventionnelle qui va mettre fin à cette histoire. Il s’agit d’en parler en face, d’occulter le mal à la source et d’aller à une négociation pour qu’il ait une paix durable.

Nous pensons que ce conflit ne peut pas se régler dans des bureaux, il doit se régler ici en Casamance et avec les Casamançais d’abord entre eux-mêmes et ensuite entre les casamançais et les autres. C’est un conflit sénégalais en Casamance.

Le conflit ne peut se régler que par la négociation et le dialogue. Il faut que les gens acceptent de se rencontrer, discuter et échanger. Tant que on ne le fait pas, tant qu’il n’y a pas de cohésion dans la discussion, tant qu’il n’y a pas une seule voix, tant qu’il y a des voies discordantes où chacun négocie de gauche à droit et on ne sait pas qui dit quoi, qui fait quoi, j’ai peur que cela n’aboutisse pas.

Je crois qu’il est impératif que l’État et le MFDC puissent objectivement discuter et que les populations de la Casamance puissent s’impliquer davantage parce que c’est d’eux qu’il s’agit. Ce qui a fait défaut et ce qui a créé de problèmes, c’est cette indifférence que les populations elles-mêmes sont entrain d’avoir comme attitude. Il faut que les populations prennent en charge la problématique de la paix.

On est entrain de le faire dans les comités villageois. Les élèves et universitaires et les enfants sont entrain de s’organiser et de discuter dans toutes les localités pour essayer de voir comment apporter leurs pierres à l’édifice.

Est-ce que le chômage n’a pas une part de responsabilité dans ce conflit ?

Quant les jeunes de la Casamance sont en chômage, c’est parce qu’ils ne veulent pas travailler. Nous avons beaucoup de chose ici. La terre ne ment pas. Nous, dans notre enfance, nous savons que notre ressource première nous provient de la terre. Tout le monde ne peut pas aller dans les bureaux. Il faut que certains sachent que l’agropastorale paye. Beaucoup de gens sont riches aujourd’hui grâce à la terre. Ce n’est pas un problème de chômage. Beaucoup de jeunes sont à Dakar pour grossir les rangs des chômeurs alors qu’ils auraient pu venir travailler la terre ici.

Est-ce que l’État a mis des moyens pour exploiter les ressources disponibles ?

A chaque fois qu’on parle d’investissement en Casamance, on dit qu’il n’y a pas de sécurité. Je ne suis pas d’accord. Il faut interpeller l’État pour qu’il mette des ressources, accompagne et créer les possibilités d’investissement pour fixer les populations. Il y a des projets en cours mais un projet n’est viable que s’il est pensé à la base. Un projet qui tombe comme un chapeau sur la tête n’est pas viable. Il faut d’abord voir ce dont les casamançais ont besoin, quel est le projet viable pour apporter pour l’implanter en Casamance. Quand on pilote un projet ailleurs pour le mettre en Casamance et s’il n’est pas accepté par les populations ou ne vient pas rencontrer l’adhésion de la population, force est de constater qu’il va échouer.

Oumar BA