Près de huit ans après avoir quitté sa Mauritanie natale, Aly Malal BA risque de devenir Apatride à vie, si rien n’est fait.
Suite aux manifestations des jeunes negro-mauritaniens dénonçant l’enrôlement biométrique à caractère discriminatoire, Aly Malal Ba a quitté Kaédi (capitale régionale de Gorgol) où la police arrêtait et était dans la logique d’humiliation des protestataires et surtout membres de cette communauté. Elle traquait ces derniers pour les extirper de leurs chambres.
Apres un parcours du combattant, Monsieur Ba a réussi, grâce à l’aide d’un proche vivant à Nouakchott, à traverser par bateau la mer pour se retrouver en Belgique, le 15 janvier 2012.
Le 24 septembre 2011, des manifestations violentes ont éclaté dans plusieurs localités situées dans les régions du fleuve Sénégal et dans la capitale mauritanienne. Les manifestants réclamaient l’arrêt du processus d’enrôlement biométrique sous l’ère de Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la République islamique de Mauritanie de 2009 à 2019 et la révision des modalités d’inscription. Ils avaient constaté beaucoup de difficulté au niveau des centres d’enrôlement comme : l’obligation de réciter le coran et de connaître les noms des autorités administratives, la présentation des certificats de mariages des parents des personnes âgées d’une cinquantaine d’années alors que les populations ne savaient même l’importance de ces types de papiers et la détention des preuves montrant que leurs ascendants étaient des Mauritaniens entre autres. Même la procuration de l’ancienne carte d’identité ne suffisait pas pour montrer son appartenance au pays.
Certaines questions ne concernaient que les négro-mauritaniens. C’est ce qui a provoqué la colère des milliers de personnes de cette communauté vivant à l’intérieur du pays et dans le reste du monde.
Conséquences des manifestations contre le recensement : des arrestations, des emprisonnements, la mort de Lamine Mangane tué par balle le 27 septembre à Magama et des exilés qui viennent s’ajouter à la liste de ceux des douloureux événements de 1989. L’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation d’Ibrahima Moctar Sarr et l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA-Mauritanie) de Birame Dah Abeid avaient exigé l’ouverture d’une enquête sur la mort du jeune homme. Leur doléance reste sans suite jusqu’ à présent.
En Belgique, Aly Malal Ba n’a jamais baissé ses bras et mis fin à son combat entamé en Mauritanie pour la justice, l’égalité et au combat contre les pratiques esclavagistes toujours dénoncé par le candidat malheureux à l’élection présidentielle du 22 juin 2019, contre le favoritisme et les initiatives visant sa communauté. C’est pourquoi, après avoir compris l’engagement de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) et le Mouvement Touche Pas à ma Nationalité (TPMN), il a rejoint ces deux structures respectivement en 2016 et 2018.
Avant d’intégrer ces mouvements, il participait passivement aux différentes sorties des associations. Depuis son adhésion, il est devenu beaucoup plus actif et répond présent à toutes les rencontres. Sa dernière participation a été à l’Ambassade de Mauritanie en Belgique, le 11 juillet 2019, pour contester la victoire du nouveau président de la République Islamique.
Pour étouffer la crise postélectorale, les autorités avaient convoqué les ambassadeurs du Mali, du Sénégal et de la Gambie afin de les informer de l’expulsion de leurs ressortissants accusés d’avoir assisté aux mouvements de protestations et coupé l’internet pendant une dizaine de jours. Cette décision avait affecté l’économie du pays. Les quatre candidats de l’opposition avaient rejeté les résultats du scrutin.
Aujourd’hui beaucoup de personnes sont devenues des apatrides, des étrangers dans leur propre pays et des enfants ne pouvant plus être scolarisés et se déplacer à l’intérieur même du pays car n’ayant pas de papiers d’état-civil. Des expatriés ne peuvent plus revenir chez eux puisque leurs passeports ont expiré et risquent une fois au pays de ne plus sortir du terroir pour des besoins de voyage.
La Mauritanie est devenue un pays de plus en plus difficile à vivre. Ces dernières années, on note plusieurs cas d’arrestation de journalistes (limitant la liberté d’expression), des leaders d’opposition (affectant négativement la démocratie), la coupure d’internet tout juste après la victoire autoproclamée par le candidat du pouvoir, confirmée par la Commission électorale et le Conseil constitutionnel et l’expulsion d’étrangers (négro-africains) accusés d’avoir participé aux manifestations postélectorales du 22 juin. Ainsi, des individus sont contraints à l’exil forcé à l’étranger.
Avec cette situation, le retour de Aly Malal BA représenterait un réel danger pour lui. Car il est considéré comme membre actif du mouvement TPMN et IRA qui ne cessent de combattre le gouvernement et ses politiques discriminatoires et racistes. Identifié comme élément perturbateur en Belgique via les réseaux sociaux, il risquerait une fois au pays d’être poursuivi ou de rester apatride ou étranger à vie dans son propre pays.
Malgré les promesses du gouvernement sortant, l’enrôlement de Aly Malal Ba n’est pas garanti. Puisque en Mauritanie, certaines personnes et des rapatriés du Sénégal et du Mali en 2018 courent toujours derrière l’enrôlement biométrique leur permettant de voyager, instruire leurs enfants et d’accomplir leur droit de citoyenneté.
Oumar Ba