Témoignage d’Emeline
Responsable du programme

Emeline, professeure de Français Langue Etrangère, travaille depuis juillet 2016 avec Magic Place. Tous les jours, elle va à la rencontre des enfants, accompagnée de Jérémy, animateur.

Pourquoi avez-vous voulu travailler avec des enfants en grande précarité ?

J’ai voulu mettre mes compétences au service d’une population vulnérable qui en a vraiment besoin.

Quel est le quotidien des enfants dans les hôtels sociaux ?

En dehors de l’école, leur quotidien est tout à fait différent de celui des autres enfants. Lorsqu’ils rentrent chez eux, ils n’ont rien à faire. Ils n’ont pas assez d’espace pour jouer, faire leurs devoirs… Toute la famille partage le même espace restreint et ils manquent cruellement d’intimité. Souvent, les enfants ont des responsabilités importantes. Ils doivent traduire les propos de leurs parents lors d’un rendez-vous, garder leurs frères et sœurs, remplir des papiers…

Comment vous ont-ils accueillis ?

Les enfants sont très contents lorsque l’on arrive. La semaine passée, Salimatu (8 ans) nous a dit « Je suis la joie parce que tu es là, parce que vous êtes là et je vous aime beaucoup ». Ils attendent notre venue toute la semaine. Le jour de l’atelier, ils trépignent d’impatience et dès qu’ils voient la camionnette arriver, ils sortent des chambres et viennent nous aider à installer le matériel et à le ranger.

Que représentez-vous pour eux ?

C’est difficile à dire mais on représente beaucoup. Ils peuvent nous parler de ce qu’ils veulent, se confier, on les écoute, on les comprend, on les conseille beaucoup aussi. On représente une oreille attentive, bienveillante. Surtout, on leur apporte des moments de bonheur et on leur montre qu’ils peuvent être fiers d’eux. Du coup, on devient vite très importants à leurs yeux. L’espace Magic Place représente une véritable bulle d’évasion pour eux, où ils sont eux-mêmes et se sentent bien, ce qui n’est pas toujours le cas à l’école.

Leur comportement évolue-t-il au fil des ateliers ?

Il n’évolue pas, il se transforme. Au début, les enfants sont renfermés. Au fil des séances, ils s’ouvrent à nous et aux autres. Ils osent davantage prendre la parole, prennent conscience de leurs capacités individuelles. La confiance en soi se développe, l’estime de soi augmente. Puis ils deviennent de plus en plus coopératifs. Ils jouent ensemble, s’aident les uns les autres. Ils changent de regard sur les autres enfants. On observe davantage de sérénité. Ils ont l’air plus apaisés. Ils comprennent mieux leur identité aussi. Ils sont plus aptes à réagir aux attaques, aux questions. Ils sont plus patients, moins susceptibles.

Qu’avez-vous appris ?

J’ai appris beaucoup. Entre autres, j’ai compris à quel point la précarité de leurs parents pouvaient les affecter. Je me rends compte également de tous les défis que leurs familles doivent relever. Je crois que ce qui me surprend le plus, c’est la vitesse à laquelle un enfant progresse.

Quelles sont vos plus belles réussites ?

Il y a des réussites collectives et d’autres plus individuelles. Je vais citer un exemple, celui d’un petit garçon qu’on a rencontré en septembre. Il s’appelle Boubou, il a 7 ans. Boubou est malien et est arrivé en France au cours de l’année. À cause de problèmes administratifs, il n’est pas scolarisé. Ses parents sont désarçonnés face à l’administration. On relaie l’information au Samu Social qui fait tout le nécessaire. Boubou entre alors au CP alors qu’il n’a jamais été scolarisé auparavant et parle à peine français. Lors des premières séances avec nous, il est complètement perdu. Il sourit mais il a le regard vide. Il ne comprend rien, se sent différent. Lorsqu’on lui tend un stylo, il le tient à l’envers. On réalise alors l’ampleur du travail qu’il va avoir à réaliser pour s’adapter en CP et on redouble d’efforts pour l’accompagner. Depuis, et en quelques mois, Boubou a beaucoup progressé. Il peut maintenant écrire et connaît l’alphabet. Il s’est fait des amis et parle beaucoup mieux français. Au fil du temps, il a pris confiance en lui. C’est beau de le voir grandir, s’épanouir.