Témoignage de Dorothée, Coauteur de « Un autre monde est possible »
James, un homme hors du commun, Madurai
(archives)

En rencontrant James pour la première fois, j’ai été frappée par la chaleur humaine et la sérénité qu’il dégage. Pourtant son histoire n’est pas des plus faciles. Orphelin très tôt, James a grandi dans la rue puis dans un orphelinat. L’enfermement et l’absence de pédagogie des éducateurs de l’établissement dans lequel il a évolué lui ont laissé des souvenirs difficiles. Il a souvent fugué, préférant la dure loi de la rue à l’anonymat et à la précarité des conditions de vie en orphelinat.

Insécurité et pauvreté furent son quotidien pendant de nombreuses années. Et puis un jour, il a trouvé la force et le courage nécessaires pour rebondir grâce à la rencontre avec un prêtre qui a su lui témoigner l’amour et la confiance dont il avait tant manqué. C’est à partir de là qu’il a commencé à s’intéresser sérieusement au travail scolaire.

Un travail acharné mène James vers des études en sciences sociales à l’université. Il choisit de réaliser sa thèse sur la problématique de l’exclusion chez les enfants et les adolescents en Inde du Sud. Avec quelques amis, il arpente ruelles et trottoirs à la rencontre des jeunes qui se battent pour survivre. Il redécouvre et réintègre rapidement ce monde à part où les enfants et adolescents sont vendeurs à la sauvette, cireurs de chaussures, voleurs, mendiants… et où les préoccupations quotidiennes sont de trouver comment remplir son estomac et où s’allonger pour dormir sans se faire agresser.

Après avoir brillamment réussi ses examens, James aurait pu décrocher un beau métier et quitter tout cet univers. Mais en marchant dans les rues de Madurai, il croise à nouveau ces enfants. Rien n’a changé pour eux. Leur vie dans la rue continue. Il ne peut se résoudre à les abandonner. James décide alors de consacrer sa vie aux enfants en détresse et de créer une association pour eux.

Reste à lui donner un nom. Ce sont les jeunes qui le trouvent : NANBAN, ce qui signifie « ami » en tamoul. Ami, voilà un terme qui décrit particulièrement bien James. Avec son sourire accueillant et franc, il est toujours prêt à écouter, à comprendre sans jugement, à aimer inconditionnellement.

Et lorsqu’on lui demande pourquoi il se réfère à la résilience [1] dans la plupart de ses programmes, il répond avec une légère pointe de timidité : « Je crois être un exemple vivant de ce que la résilience peut permettre de réaliser ! »

Notes

[1] Selon Boris Cyrulnik « la résilience définit la capacité à se développer quand même, dans des environnements qui auraient du être délabrants ».